Journée de la laïcité : les dates clés

Aujourd'hui nous fêtons les 115 ans de la loi de séparation entre l'Eglise et l'Etat !

" Nous sommes le 9 décembre, journée de la laïcité,et fêtons le 115ème anniversaire de la loi de 1905 dans un moment où, me semble-t-il, nous sommes très nombreux à être désorientés par l’exacerbation de la violence, par des radicalisations et par l’intolérance qui s’accroît. Nous sommes aussi dans un moment où nombreux sont ceux qui luttent pour aiguiller vers des solutions pratiques, à la portée de chacune et de chacun pour que le respect des convictions, le droit d’expression et la capacité à vivre ensemble existent."

Anne-Marie HARSTER, Présidente de Solidarité Laïque

La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une

Elle n’est pas une conviction idéologique mais le principe qui libère les convictions … dans le respect de l’ordre public. Elle garantit l’égalité de tous devant la loi quelles que soient les croyances ou les convictions. Elle astreint à une neutralité stricte “la sphère publique“, disons les services publics.
Mais dans “l’espace public“, là où circulent, se rassemblent et communiquent la population, la manifestation des convictions et l’expression des singularités sont libres.
Au-delà du principe juridique, la laïcité est une ligne de conduite du citoyen, l’impératif moral de se forger des convictions dans un esprit de tolérance.

La laïcité compte jusque 2 : Conviction + tolérance.

A l’Ecole comme dans la vie sociale, elle demande surtout la pratique d’un dialogue citoyen sincère, capable de considérer la pensée d’autrui. La laïcité est l’invention française qui permet l’envol de l’idéal républicain de liberté, égalité, fraternité. N’est-ce pas faute de cet idéal à visage humain que trop d’individus sortent de leur insignifiance pour mourir avec ardeur dans une cause imbécile qu’ils croient flamboyante ? Les profiteurs de misère n’ont-ils pas ramassé la notion d’idéal que les hommes de bonne volonté trouvaient ringarde et avaient laissé tomber ?

L’émergence de la laïcité, un idéal français à visage humain

Les dates à retenir

16ème et 17ème siècles, les guerres de religion sont incessantes et meurtrières.

1572 à Paris lors de la Saint-Barthélémy, les catholiques exterminent 2500 protestants.
1631, le sac de Magdebourg : 25000 victimes protestantes sur les 30 000 habitants de la ville.
Comme au 16 ème et 17 ème siècle, faudra-t-il aujourd’hui que les hommes et les femmes subissent les carnages jusqu’à l’écœurement avant d’en tirer une leçon de tolérance ?
«Ce n’est pas parce qu’on n’est pas d’accord sur le ciel qu’il faut transformer la terre en enfer !»

18ème siècle

Pour Jefferson, révolutionnaire américain, la religion est « une affaire entre l’homme et son créateur, dans laquelle personne d’autre, et surtout pas le public, n’avait le droit d’intervenir »
Voltaire, lui, dénonce le fanatisme. Il finit ses lettres de façon mordante : « Ecrasons l’Infâme ». Entendons : « Soyons intraitables envers les intolérants »
On lui prête aussi : « Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je me battrai … pour que vous ayez le droit de le dire.»
Car la conviction seule mène à l’indifférence des arguments d’autrui, au refus d’un débat enrichissant, à l’autoritarisme et finalement au fanatisme. Et la tolérance seule aboutit à « tout se vaut », au laxisme, à la chienlit.

26 août 1789

La Révolution inscrit cette double exigence de conviction + tolérance dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen :
Art. 10. - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.
Art. 11. -… Tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

1850

Jusque-là, le mot “laïc“ désignait un baptisé qui n’était pas prêtre.
En 1850, Victor Hugo prononce un discours dans lequel l’adjectif “laïque“ qualifie les partisans de la liberté de conscience et de la séparation des Eglises et de l’Etat.
« Je veux l’Etat laïque, purement laïque, exclusivement laïque […]
Je ne veux pas qu’une chaire envahisse l’autre, je ne veux pas mêler le prêtre au professeur. […]
En un mot, je veux, je le répète, l’Eglise chez elle et l’Etat chez lui. “

La Troisième République pose le socle juridique de la Laïcité

L’Ecole gratuite, obligatoire et laïque, la liberté de réunion et de la presse, suppression du caractère religieux des cimetières, le rétablissement du divorce civil et la suppression des prières publiques à l’ouverture des sessions parlementaires, liberté des syndicats, liberté de l’enterrement civil et laïcisation des hôpitaux.
En 1901, la liberté des associations contrecarre le monopole des congrégations religieuses.

1905 : loi de la séparation des Eglises et de l’Etat.

Article 1 : “La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.“
Article 2 : “La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.“
L’essentiel était en place. Il y eut des péripéties… et bien des accommodements.

1989, une nouvelle donne oblige de nouveaux chantiers de la laïcité

1989, trois filles du collège de Creil (Oise) refusent d’enlever leur foulard islamique en classe. L’affaire devient une polémique nationale. Les incidents se multiplient. En 2004 la loi interdit “dans les écoles, les collèges et les lycées publiques le port des signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse“.
Il ne s’agit plus seulement, comme en 1905, de lutter contre l’hégémonie d’une religion mais d’imposer le droit républicain contre les droits communautaires. Le droit à la différence de sensibilité et de mœurs, ainsi que la liberté d’expression ne doit pas dériver vers une différence des droits dans chaque communauté. La loi doit s’imposer également à tous.

2016

La loi autorise une entreprise d’inscrire le principe de neutralité religieuse dans son règlement intérieur.

2021

La loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République (« contre le séparatisme ») attend ses décrets d’application.
Aujourd’hui, la laïcité est un principe juridique pour instituer dans la loi, ses décrets et règlements, la Liberté de conscience et l’Egalité devant la loi.
Article 1 de la Constitution française : “La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. “

 

Un article de Claude Janel

Administrateur de la Ligue de l’Enseignement des Vosges

Membre du collectif laïcité

Président de l’Association du Lançoir